vendredi 9 août 2019

Journal de bord du 09/08/2019



Coucou,

Voilà, j'ai une date. Deux dates en vérité. Une pour la conservation de mon patrimoine et une autre pour l'accomplissement de ma destinée. Elles sont inscrites en gros sur le calendrier et j'attends leur échéance avec patience car je sais que les secondes ne ralentissent pas ni ne s'arrêtent.

Un jour vient ou les songes s'éclaircissent et... comme l'écrivait Jean de La Fontaine :  

"Patience et longueur de temps 
Font plus que force ni que rage".

En ce jour ensoleillé, je voudrais remercier les fabuleuses personnes qui ont acheté mon livre. Elles ne le réalisent peut-être pas mais c'est pour moi une immense fierté que de leur partager mon récit. C'est un autre rêve qui devient réalité et cela me comble de bonheur.

Autrice amateure et éditrice débutante, j'ai griffé ma troisième dédicace ce matin et cela me fait tout chose, surtout qu'elle s'inscrit dans l'entame de ma minuscule auto-entreprise pour la rendre - à mes yeux grands ouverts - toute officielle.

Un Genre de Jeu envoyé à la Bibliothèque Nationale Française, doté d'un numéro ISBN et inscrit au registre de livres édités par une maison (la mienne) composée d'un numéro Siret, me voilà propriétaire d'un bien que je peux vendre et partager en toute légalité, et en toute sérénité.

En parallèle de ce bonheur artistique et presque professionnel se conte une histoire plus triste, l'histoire d'une vie qui s'éteint doucement. Ma belle maman, la plus belle des belles mamans, la maman adorée de ma tendre dulcinée, souffre toujours de ses cellules affolées, prises elles-mêmes à leur panique destructrice et meurtrière.

Sa santé ne s'améliorant pas, mon épouse est partie à 800km de chez nous avec notre enfant sous le bras (enfin, sur la poussette !) pour redonner un peu de lumière aux ténèbres qui l'envahissent.

Moi, je reste là et je travaille de nuit. Je devais les rejoindre à la fin de la semaine prochaine mais étant donné l'épuisement actuel, j'ai demandé à ma hiérarchie quelques jours (ou plutôt nuits) de repos afin de m'occuper, au mieux, du nécessaire, des soins possibles et des éventualités.

Je ne remercierai jamais assez ma toute nouvelle cadre de santé et ma cadre supérieure, deux femmes sur qui je peux compter, je le sais. Elles qui se démènent pour solutionner toute sorte de problèmes, elles qui, prises en sandwich entre les difficultés du terrain et les objectifs managériaux, font bouillir leurs cerveaux pour résoudre le moindre détail de la moindre question.

Je crois que la plupart des gens ne réalisent pas la teneur de leur travail et, même si l'insatisfaction est parfois palpable, parfois légitime, nous nous devons de comprendre leurs contraintes comme elles comprennent les nôtres.

Là se joue l'oeuvre de l'équipe réelle, de celle qui peut imaginer, avec empathie, avec justesse, ce que peut être la tâche d'autrui.

Les jours suivants seront consacrés aux soins. Qu'ils soient dirigés vers vous-mêmes, vers vos proches, vers des personnes qui vous sont inconnues, n'oubliez jamais d'y penser et, si vous le pouvez, de les appliquer avec sincérité. 
On ne le dit jamais assez.


mercredi 31 juillet 2019

Transidentité, Sexualité et Intrusion




Lorsque j'évoque la transidentité, la plupart des gens songent à la sexualité car, pour le monde, changer de genre ou même changer de sexe (ce sont deux choses différentes) dit changer de sexualité.

Pourtant, ce n'est pas le cas du tout. J'ai été une femme à l'apparence masculine pendant très longtemps et j'ai toujours été attirée par les femmes, jamais par les hommes, et lorsqu'on me demande pourquoi, je questionne à mon tour : et toi, pourquoi es-tu attiré.e par tel ou telle ?

La réponse se fait souvent attendre car il n'y a pas d'explications à cela. Il n'y a même pas de question à poser en vérité. C'est comme la transidentité d'ailleurs, c'est là et ça ne changera jamais. 

Là où la situation devient plus complexe, c'est pour ma moitié. Par respect pour elle et pour moi, je ne détaillerai rien de notre vie personnelle, intime, et je laisse le soin aux gens de réfléchir par elleux-mêmes tout en donnant cette affirmation : il n'y a aucun problème et cela ne vous regarde pas.

À part si vous souhaitez le partager vous-même, personne n'a envie de savoir comment vous baisez ni comment vous allez baiser. 

Au tout début de mon coming-out, je me suis faite avoir et j'ai voulu répondre aux interrogations en toute innocence. Quelle erreur n'avais-je pas faite là. Viles, pernicieuses, les personnes demandeuses ont brisé des barrières qui étaient censées me protéger et se sont faufilées pour me nuire.

Par ces expériences malheureuses, j'en conclus ce que je pensais déjà par le passé. La vie privée des gens, si elle n'est pas consciemment et volontairement rendue publique, reste privée, et nous nous devons de respecter cela.

lundi 29 juillet 2019

Transphobie




Cruelle, destructrice, gratuite, la transphobie n'est pas le reflet d'une peur inconsidérée, comme on pourrait la définir de manière étymologique. 

Elle est à la fois la traduction d'une haine profonde due à une méconnaissance totale de la personne détestée, et à la fois l'image de dégoût que les plus conservat.rices.eurs d'entre nous aiment à rejeter, tant leurs parfaits idéaux - leurs modèles d'équilibre factice - sont bouleversés par la vision d'êtres qu'iels ne comprennent pas.

On entend tout. On voit tout. Du "tu ne seras jamais une femme" au "tu es malade, il faut te soigner", aux regards noirs croisés dans le tram, dans les rues, aux murmures nauséabonds volontairement perceptibles, aux râles et aux expressions écoeurées, aux rires moqueurs...

Quid des crachats, des objets jetés à la figure, des gens qui vous interpellent en public comme si vous étiez une bête de foire, des insultes qui fusent tout à coup, des bousculades et des gestes déplacés, malfaisants.

Tout s'enchaîne, souvent. La haine, viscérale, incongrue, s'empare du monde environnant et on vous observe en chuchotant des mots atroces à l'oreille de l'autre.

Elle est là, partout. Elle cherche à vous nuire, à vous éliminer du monde et parfois, elle y parvient. Un coup de couteau dans le coeur, une balle dans la tête, une gorge tranchée ou une trachée bouchée, tel est le sort réservé à celleux qui osent affronter la bestialité d'une humanité à l'esprit étriqué. 

Oui. La transphobie tue. Elle assassine à petit feu ou elle meurtrit brutalement.

Sa présence n'est pas à minimiser, autant chez soi, auprès d'une famille qui n'a que faire de votre identité ou dans une entreprise qui vous exprime via patrons et collègues que vous êtes une monstruosité. Elle est partout, au sein des amitiés les plus faussement sincères, à l'extérieur ou dans les soins, quand vous pensez être entre de bonnes mains - aux griffes acérées.

Malgré une transphobie que je ne peux plus tolérer chez mes parents - iels cherchent par tous les moyens à me "guérir" -, j'ai la chance inouïe d'être soutenue par mon épouse, merveilleuse, par mes ami.es.s, fantastiques, et par mes collègues que j'adore. 

La rue m'a toujours été hostile. Elle le devient de plus en plus mais c'est ainsi. Pour me rassurer, je pense à une phrase qu'une soeur trans (nous nous nommons ainsi sur les réseaux) a écrite un jour :

"Tu sais, le monde entier n'est pas contre nous. Même si je retiens plus facilement le négatif, il y a beaucoup de gens qui me sourient et je sais qu'iels sont véritablement genti.lles.s."

dimanche 28 juillet 2019

Construire mon roman




La construction d'un roman est ardue, demande beaucoup de temps et d'investissement. Je n'ai aucune formation littéraire mais j'avance comme je le peux, en écoutant les conseils avisés de mon ami Nasca Navarre (ah grand fou, que j'aime quand nous en discutons tous deux, avec tant de passion !) et en lisant des trucs par ci, par là.

Pour Un Genre de Jeu, mon tout premier véritable récit, je n'ai pas établi de fondations à l'avance et cela m'a valu de redoubler de travail. Non pas que le résultat soit plus mauvais que s'il avait possédé un plan mais l'anarchie des chapitres, des mots et des phrases lancées au fil de mes pensées n'a eu que faire de l'organisation.

Ainsi, je suis partie d'une courte nouvelle de douze pages, qui s'est transformée en une petite histoire de cinquante pages, qui a mué en un texte plus grand, de cent pages. Sans âme, sans fil conducteur, sans personnalité, mon mini roman bourré d'incohérences et de changements incompatibles m'a menée dans un brouillard dont je suis parvenue à me dégager.

En effet, après avoir lu une astuce sur le merveilleux site de Bernard Werber, j'ai compris que mes déboires littéraires me serviraient de plan à une écriture plus sérieuse et mieux dirigée. 

J'ai donc tout recommencé à zéro en suivant la ligne directrice du scénario mal conduit. Ainsi, tout devint plus clair dans ma tête et j'ai fait preuve de fulgurance, à écrire jour et nuit comme une droguée, à savoir parfaitement où j'allais.

Il m'a tout de même fallu réécrire l'intégralité de mon roman dix-huit fois, avec à chaque fois l'ancienne version à côté me servant de plan. Quarante-neuf relectures plus tard, je trouvais enfin satisfaction dans l'oeuvre créée et je m'arrêtais. Je ne sais plus exactement combien d'années j'ai mis à écrire Un Genre de Jeu, moins de cinq ans c'est sûr, mais je sais que je ne reproduirais pas les mêmes erreurs et que mes prochains ouvrages seront constitués d'un plan solide.

Car comme en maçonnerie, si les fondations sont branlantes et si le ciment ne tient pas, tout s'effondre. 

De mes constatations, je sais qu'il me faut :

- Un plan.
- Une introduction.
- Un fil conducteur.
- Des portes qui s'ouvrent, prêtes à être refermées.
- Du suspense, du mystère, de l'inconnu et des questions aux réponses finales. Un contenu global qui donne envie de continuer la lecture.
- Une conclusion. 

À développer.

Travailler sa voix - Orthophonie et chirurgie




Physiologiquement parlant, les cordes vocales masculines sont plus larges que les cordes vocales féminines. Elles produisent donc des sons plus graves avec une fréquence (en Hertz) atteignant en moyenne 120Hz pour 200Hz côté féminin.

Les seules cordes vocales et leurs vibrations ne créent pas la voix. Le larynx, les parois buccales et nasales ainsi que la densité corporelle, osseuse, contribuent à donner à sa voix la sonorité que nous lui connaissons.

Dans ma situation, je ressens un profond malaise à utiliser une voix grave et masculine. Cela a été un frein immense à mon processus d'acceptation car je croyais par le passé qu'il était impossible de la modifier. Je pensais même préférer l'aphonie définitive à l'écoute de mon timbre rauque et détesté.

Je me suis véritablement renseignée et ai étudié les possibilités d'une telle entreprise avec une orthophoniste spécialisée en la matière. Grâce à un entraînement spécifique composé de chants et d'onomatopées étranges, de phrases à réciter, je peux travailler des muscles qui m'étaient jusqu'alors inconnus.

En général, une année entière est nécessaire au bon établissement de la voix désirée.

Si les résultats sont absents, la solution chirurgicale est envisagée. Elle consiste en une mise en tension des cordes vocales de manière très mécanique, comme si on tournait un boulon qui tendrait des fils fragiles.

À savoir que cette technique plutôt efficace comporte moult risques et qu'elle n'empêche pas une "récidive" de voix grave avec le temps.

Plus d'informations ici.

Traitement hormonal



Avant tout, je ne suis ni médecin ni scientifique. Cet article est donc une ébauche de ce que peut être le traitement hormonal indiqué pour une femme transidentitaire, sans toutes les précisions extrêmement pointues que nos ami.es.s endocrinologues aiment à étudier.

Le besoin de devenir la femme que j'ai toujours été est trop fort pour être contenu. Je supporte un corps masculin empli de testostérone et, malheureusement, je ne produis pas les hormones nécessaires à ma transition.

Avec ce traitement prescrit par un médecin ou un endocrinologue - la spécialisation d'endocrinologie n'est pas nécessaire pour une attribution médicamenteuse - (THS pour Traitement Hormonal de Substitution), ma peau devient plus douce, mes cellules graisseuses se déplacent en des endroits stratégiquement féminins, ma pilosité diminue, mes cheveux chutent moins (ah, cette calvitie tant redoutée !), mes pommettes se gonflent, mes seins poussent doucement, mes hanches s'arrondissent, ma psyché s'en trouve modelée vers un bonheur bien distinct...

Il se compose soit de progestérone couplée avec de l'oestradiol (oestrogènes), des hormones féminines, soit d'un antagoniste à la testostérone comme l'androcur (un médicament que je ne recommande pas du fait de ses très nombreux effets indésirables - dépression, méningiomes...) couplé au même oestradiol.

La progestérone fait drastiquement diminuer le taux de testostérone sans pour autant le supprimer (comme l'androcur) afin d'établir un champs d'action possible à l'oestradiol, qui lui va lentement féminiser la patiente traitée.

Il y a bien-sûr quelques effets secondaires à la prise de traitement et il est important de manger correctement et d'avoir une activité sportive. En effet, ces hormones peuvent entraîner une hypercholestérolémie (trop de cholestérol), un surpoids, des syndromes dépressifs, une insuffisance hépatique, une insuffisance rénale ou encore des thromboses veineuses et artérielles pouvant avoir des conséquences catastrophiques.

Ces mots sont effrayants mais ils constituent la plupart des notices de médicaments car, évidemment, aucun médicament n'est anodin et même le paracétamol (doliprane), si banal soit-il, peut-être mortel.

Il y a des moyens de réduire les risques et je considère les médecins attentifs à cela forts compétents en la matière. Par exemple, je ne prendrai jamais d'androcur car il est mauvais pour l'organisme de voir sa testostérone chuter autant, surtout lorsque la molécule est suspectée de favoriser les méningiomes (tumeurs bénignes - non infiltrantes mais potentiellement mortelles - des tissus méningés enveloppant le cerveau et la moelle épinière).

La progestérone par voie orale a un effet sédatif, c'est tout. Elle est certes plus lente à agir mais je préfère la patience à la nécrose cérébrale, à l'hémiplégie, la confusion éternelle ou la mort. Quant à l'oestradiol, il est je crois préférable de l'appliquer en gel (par voie cutanée) plutôt que par voie orale, afin d'éviter thromboses et hépatites médicamenteuses.

Le médecin prescrit donc le nécessaire et, aussi, des prises de sang à réaliser avant l'introduction, à un mois, à trois mois, et tous les six mois. Ces analyses permettent de vérifier l'efficacité du traitement et de l'adapter en fonction des données. Elles sont aussi très importantes car elles témoignent des facteurs de risques absents ou présents.

Cette médication peut être lourde à supporter. À noter qu'elle engendre (quel jeu de mot !) une stérilité à court terme (il vaut mieux congeler son sperme avant l'introduction si on veut des enfants) et qu'elle est à prendre tout le long de sa vie, sans aucun arrêt.

Bien-sûr, le traitement s'allège si on décide de réaliser une chirurgie de réassignation sexuelle (vaginoplastie). Elle peut être aussi mieux tolérée dans le cas d'une orchidectomie bilatérale (ablation des testicules) car la testostérone sera produite en bien moindre quantité. 

Petite note : Ces opérations ne sont absolument pas obligatoires pour être femme.

Voilà. J'ai tout dit ! 
De manière peu complète et très abstraite, mais ce n'est qu'un aperçu de la chose.




samedi 20 juillet 2019

Journal de bord du 19/07/2019



Bon. Ce jour-là fut nourri d'un stress hors du commun. Je travaillais à partir de 14h et j'avais un rendez-vous (juste avant) avec un endocrinologue pour l'introduction de mon futur traitement, plus salvateur que jamais.

Ma tendre dulcinée m'a demandé si elle pouvait venir avec moi et je lui ai répondu par l'affirmative. Nous nous sommes retrouvées ces derniers jours et c'est un véritable soulagement que de la voir sourire, que de passer ma main dans ses cheveux, que de nous enlacer, amoureuses, et nous serrer très fort.

J'ai cru la perdre. J'ai cru que tout était terminé. Mais... nous traversons les épreuves - non sans mal - et, après sept années de vie commune, nous en ressortons plus fortes.

Le jour précédent le rendez-vous avec l'endocrinologue, j'ai organisé en douce la garde de notre enfant à la crèche et réservé un horaire pour aller voir le Roi Lion nouvelle version. Le Roi Lion ancienne version étant son film Disney préféré, ce fut un véritable moment de détente qui nous était nécessaire. Ma moitié a profité de cette journée pour me faire part de ses réflexions quant à un deuxième enfant et ses solutions.

Toutes deux rassurées, déterminées à nous réaliser au présent et à l'avenir, nous avons trouvé un chemin commun qui nous sied et qui ne souffre pas d'horreurs subtiles.
Ça va beaucoup mieux donc et je me sens revivre.

La consultation avec l'endocrinologue était très attendue. Elle lance une procédure que j'ai trop longtemps rêvé et qui se fait maintenant plus nette. Elle donne une date approximative à ma première prise d'oestrogène et de progestérone et c'est fantastique, cela donne au quotidien une énergie nouvelle et un calme plus contrôlé.

Tout va mieux maintenant.
Il fallait du temps à mon épouse pour encaisser les nouvelles. Elle est mon premier soutien, je l'aime et elle m'aime, je n'en doute pas une seule seconde. Quand je vois l'expression réjouie de son visage lorsque j'essaye les vêtements féminins qu'elle m'a acheté alors que j'étais au travail, je me sens voleter au dessus des problèmes qui nous inondent. 

À présent, il nous reste à attendre le retour des deux dames du laboratoire - elles sont en vacances. Et nous saurons ce qu'il adviendra de notre éventuel deuxième enfant, sans que le début de mes traitements n'en soit impacté.

Une chose est sûre. Nous luttons pour ma transidentité. Je lutterai pour cet enfant, quels que soient les décisions d'une équipe à l'éthique réformable.